Le drapeau intersexe ne ressemble à aucun autre de cette famille : pas de bandes, mais un cercle violet sur un champ jaune. Il a été dessiné en juillet 2013 par Morgan Carpenter, pour l’organisation australienne de défense des droits des personnes intersexes. Et il ne désigne ni une orientation sexuelle, ni une identité de genre.
Être intersexe, ce n’est ni une orientation ni une identité de genre
C’est le point à poser d’abord, parce que la confusion est générale. Être intersexe désigne le fait de naître avec des caractéristiques sexuelles, chromosomiques, hormonales ou anatomiques, qui ne correspondent pas aux définitions types du masculin et du féminin. Cela relève du corps, pas de la manière dont on se sent, ni de la personne dont on tombe amoureux.
Une personne intersexe peut donc être une femme, un homme, ou ni l’un ni l’autre. Elle peut être hétérosexuelle, lesbienne, gay, bisexuelle, asexuelle. Les deux questions sont indépendantes. C’est la raison pour laquelle ce drapeau se tient à part, visuellement comme dans le propos, alors que le drapeau transgenre ou le drapeau non binaire parlent, eux, d’identité de genre.
D’où vient le drapeau intersexe ?
Il est créé en juillet 2013 par Morgan Carpenter, alors au sein de l’organisation australienne qui porte aujourd’hui le nom d’Intersex Human Rights Australia. C’est l’un des rares drapeaux de cette famille dont l’auteur, la date et l’intention sont documentés de première main, par un texte de l’auteur lui-même.
Carpenter explique avoir cherché un emblème qui ne reprenne rien du vocabulaire chromatique existant. Ni le rose, ni le bleu, ni l’arc-en-ciel : des couleurs qui n’aient pas déjà été chargées de sens par le partage habituel des genres. Le jaune et le violet ont été retenus pour cette raison, parce qu’ils sont historiquement associés à l’intersexuation et qu’ils échappent au codage usuel.
Que signifient le jaune et le cercle violet ?
| Élément | Couleur | Signification donnée par l’auteur |
|---|---|---|
| Le champ | Jaune #FFD800 | Une couleur hors du partage rose et bleu |
| Le cercle | Violet #7902AA | L’intégrité, la complétude, et les possibles |
Le cercle est l’élément porteur, et sa forme a été choisie avec soin. Carpenter le décrit comme non brisé et sans ornement, symbole d’intégrité et de complétude. Le mot compte : il répond directement à l’idée qu’un corps intersexe serait incomplet, ou à corriger.
C’est aussi pour cela qu’un cercle fermé importe plus ici qu’ailleurs. Reproduire ce drapeau en coupant ou en décorant l’anneau revient à dire l’inverse de ce qu’il dit. C’est une contrainte de dessin, mais c’est d’abord une contrainte de sens.
Ce qu’on ne sait pas, et ce qu’il faut éviter d’affirmer
L’attribution varie légèrement selon les sources : certaines créditent Morgan Carpenter personnellement, d’autres l’organisation australienne dans son ensemble. La date de juillet 2013 est en revanche constante.
Sur le fond, plusieurs formulations courantes sont fausses. Être intersexe n’est pas « être né des deux sexes » : cette image, héritée d’un vocabulaire ancien, ne décrit aucune réalité médicale. Ce n’est pas non plus une maladie, et le terme « hermaphrodite » appliqué à une personne est aujourd’hui tenu pour stigmatisant par les premières concernées.
Les chiffres demandent la même prudence. L’estimation de 1,7 % de la population, très reprise, agrège des situations très différentes et fait l’objet de discussions méthodologiques sérieuses. Selon les définitions retenues, les estimations varient d’un facteur important. Mieux vaut dire qu’il s’agit d’une réalité bien plus fréquente qu’on ne le croit, sans avancer un pourcentage comme s’il était acquis.
Enfin, la revendication centrale portée par ce drapeau n’est pas symbolique. Elle concerne les opérations pratiquées sur des enfants intersexes trop jeunes pour y consentir. C’est le sujet autour duquel l’emblème a été conçu, et le passer sous silence revient à n’en garder que la décoration.
Comment ces couleurs passent-elles du drapeau à un vêtement ?
C’est le plus simple à porter des six, et le plus reconnaissable de loin. Deux couleurs franches, une forme géométrique nette, aucune bande à distinguer : le motif tient à n’importe quelle taille. Comme il ne comporte pas de blanc, il s’imprime aussi sur les coloris clairs, ce qui n’est pas le cas de la plupart des autres.
Une seule règle, celle qu’on vient de dire : le cercle reste entier. Les pièces aux couleurs des drapeaux de la boutique LGBTQI+ reprennent les teintes exactes, sur une composition sobre et sans phrase ajoutée.
Concrètement, cela donne le t-shirt aux couleurs du drapeau intersexe : le cercle entier sur son champ jaune, aux teintes exactes, environ 15 cm de large, imprimé en France à la commande sur un coton biologique certifié.
Questions fréquentes sur le drapeau intersexe
Qui a créé le drapeau intersexe ?
Morgan Carpenter, en juillet 2013, au sein de l’organisation australienne devenue Intersex Human Rights Australia. Certaines sources créditent l’organisation plutôt que la personne.
Quels sont les codes couleur exacts ?
Jaune #FFD800 pour le champ, violet #7902AA pour le cercle.
Pourquoi un cercle et pas des bandes ?
Parce que le cercle, décrit par son auteur comme non brisé et sans ornement, dit l’intégrité et la complétude. Il répond à l’idée qu’un corps intersexe serait incomplet ou à corriger.
Intersexe et transgenre, est-ce la même chose ?
Non. Être intersexe concerne les caractéristiques sexuelles du corps à la naissance. Être transgenre concerne le fait que son identité de genre ne corresponde pas au sexe assigné. Les deux situations sont distinctes et indépendantes.
Quand a lieu la journée de visibilité intersexe ?
Le 26 octobre pour la journée de sensibilisation, et le 8 novembre pour la journée de solidarité intersexe.
Un cercle qui dit « rien à réparer »
Ce drapeau est le seul de la série à avoir été pensé contre un geste médical précis plutôt que pour une fierté générale. Cela se lit dans le dessin : là où les autres emblèmes additionnent des bandes pour dire des nuances, celui-ci pose une forme fermée et s’y tient.
Le I du sigle, souvent le moins expliqué, est précisément celui-là. Le sens de chaque lettre du sigle LGBTQI+ détaille les autres, et le drapeau arc-en-ciel raconte d’où vient l’emblème commun.




